Un exemple typique de pratique de transport dans une ville secondaire : les motos- taxis Jakarta dans la ville de Kolda
Abstract
Cet article examine la montée en puissance des motos-taxis appelées Jakartas dans les
villes secondaires du Sénégal, en s’appuyant sur l’exemple typique de la ville de
Kolda. Dans un contexte de forte croissance démographique (+2,4 %/an) et de déficit
d’infrastructures de transport formel, les Jakartas ont émergé comme une réponse
populaire aux nouveaux besoins de mobilité urbaine. À Kolda, ces motos-taxis ont
progressivement contribué au désenclavement des quartiers périphériques en
comblant les vides laissés par d’autres types de transport public. La problématique
centrale est donc la suivante : comment et dans quelle mesure un mode de transport
informel et faiblement régulé, en l’occurrence les motos-taxis Jakarta, est-il devenu à
Kolda un vecteur structurant de la mobilité urbaine, un instrument d’intégration socio-
économique et un enjeu de gouvernance territoriale ? Pour y répondre, l’étude
s’appuie sur une méthodologie qualitative et ethnographique : 70 conducteurs, 40
propriétaires et de 40 usagers ont été interrogés par le biais d’entretiens semi-directifs,
de récits de vie, d’observations directes et d’échanges informels. Les résultats montrent
l’existence de dynamiques territoriales en lien avec les mobilités contraintes, l’essor
des motos-taxis Jakarta, le rôle structurant, mais informel des Jakarta dans la mobilité
urbaine de la ville de Kolda. Ils mettent en évidence également l’accessibilité à
certaines périphéries facilitées par ces motos-taxis, les opportunités d’emploi qu’elles
offrent aux jeunes et les dynamiques migratoires qui leur sont associées. Ils mettent en
exergue également les enjeux économiques et sociaux des Jakarta dans la mobilité
urbaine à Kolda ainsi que la flexibilité, la précarité et les conflits sociaux résultant de
la tarification de ces motos-taxis Jakarta.
